Enjeux internationaux

    Plan de relance post-Covid : la Pologne et la Hongrie rentrent dans le rang.

    Ces dernières semaines ont été marquées par le veto apposé par la Pologne et la Hongrie au plan de relance historique de 750 milliards d’euros, âprement négocié par les 27 pays de l’Union. En cause ? Le mécanisme de conditionnalité de versement des fonds européens au respect de l’État de droit dont Varsovie et Budapest refusaient le principe. Il s’agissait de s’assurer que de potentielles défaillances concernant l’État de droit (notamment le fonctionnement de la justice ainsi que le risque de corruption interne) ne puissent entraver la bonne utilisation de l’argent européen.

    Pourtant, alors que ce mécanisme n’a pas été modifié, les deux pays se sont déclarés prêts à lever leur veto.

    L’Allemagne, à la tête du Conseil européen jusqu’à la fin de l’année, a précisé le fonctionnement du mécanisme dans une « déclaration interprétative » qui devait renforcer la conditionnalité du plan de relance tout en donnant des moyens de défense à la Pologne et à la Hongrie.

    Ce règlement concernant l’État de droit sera « objectif, juste et impartial » et assurera un « traitement non-discriminatoire des États membres » de l’Union européenne. De plus, chaque État menacé de sanctions financières pour contrevenir aux valeurs européennes pourra se défendre devant les chefs d’État et de gouvernement de l’UE, ainsi que devant la Cour de justice de l’Union européenne.

    Je me félicite de cette victoire diplomatique, car je suis convaincue que l’Europe ne peut plus se construire sans un strict respect de la justice, du pluralisme politique, des droits de l’homme et de la démocratie. En bref, les valeurs qui fondent notre travail en commun. Je salue le fait que le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Clément Beaune, ait explicitement évoqué la possibilité que l’Union fasse le plan de relance sans la Pologne et la Hongrie si leurs gouvernements n’acceptaient pas le mécanisme de conditionnalité de celui-ci.

    Il est heureux que les gouvernements de Budapest et de Varsovie semblent se ranger progressivement du côté de leur peuple. Les derniers sondages de l’institut Median montraient en effet que les populations des deux pays sont massivement favorables au fait de lier le versement des fonds du plan de relance au respect de l’État de droit : 66 % dans le cas des Polonais et 77 % dans celui des Hongrois. Encore mieux, les sondages menés dans les deux États montrent un fort soutien à l’adhésion à l’UE — 87 % en Pologne et 85 % en Hongrie selon l’institut Median — alors même que leurs dirigeants menacent d’une sortie de l’Europe pour faire régner leur loi dans les 27.

    L’UE gagne donc des points auprès de l’opinion publique de ces pays, alors que leurs gouvernements autoritaires ne cessent d’en perdre. Il devenait ainsi presque impossible pour Viktor Orban et Andrzej Duda de poursuivre leur entêtement contre l’État de droit et les institutions européennes.

    Je souhaite que cette victoire ne soit pas oubliée par les Européens les plus frileux et tous ceux qui pensent que la démocratie et la justice ne sont que des valeurs de seconde zone dans l’Union. Celle-ci devra désormais justement et fermement appliquer cette clause de respect de l’État de droit.

    Ce premier pas en avant est peut-être un espoir pour d’autres avancées — je pense notamment à la participation, jusqu’ici refusée par leurs gouvernements, de la Pologne et de la Hongrie à la création d’un parquet européen, qui devrait voir le jour en mars 2021 et permettre une lutte ambitieuse contre la fraude et la corruption dans l’UE.