Pour la démocratie en Birmanie !

    La semaine dernière, en Birmanie, l’armée a brutalement mis fin, par un coup d’État, à la fragile transition démocratique dans le pays. Cette prise de pouvoir par la force a notamment été symbolisée par l’arrestation d’Aung San Suu Kyi, icône de l’opposition à la dictature militaire dans son pays et lauréate du prix Nobel de la paix en 1991.

    Les militaires, menés par le général Min Aung Hlaing, contestent le résultat des élections législatives de novembre, remportées massivement par la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi. De nombreux autres élus ont été arrêtés lors de ce putsch qui a rétabli l’armée au pouvoir en Birmanie, après cinq ans durant lesquels la LND avait tenté une ouverture vers les militaires pour parvenir à mener leur pays sur le chemin du développement économique et de la paix.

    Les hommes qui sont en train de prendre le pouvoir par la force en Birmanie sont animés par un nationalisme ultraconservateur et sont responsables du nettoyage ethnique des Rohingyas. Ce peuple en majorité musulman, mais composé aussi de chrétiens et d’hindous, est rejeté par la majorité ethnique en Birmanie, les Bama, pour lesquels l’identité birmane est inséparable de la religion bouddhiste. Les militaires ont voulu brutalement mettre fin à la transition démocratique qu’amorçait la Birmanie et à la politique de réconciliation nationale mise en avant par Aung San Suu Kyi.

    Face au coup d’État militaire en cours, la diplomatie française et européenne a immédiatement réagi en condamnant le transfert des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires à l’armée, ainsi qu’en demandant la libération de toutes les personnalités du gouvernement et de la société civile arrêtées à la veille de l’ouverture de la session inaugurale du nouveau parlement élu.

    Tous les ministres des Affaires étrangères du G7 se sont notamment réunis dans une déclaration commune appelant à respecter le vote des Birmans, les droits de la presse et la liberté démocratique.

    Il est d’ailleurs intéressant, en écho à ma Lettre internationale d’il y a quelques semaines concernant les nouvelles formes de révolte qui ont émergé durant les Printemps arabes en 2011, de remarquer que les militaires birmans ont ordonné aux fournisseurs internet de bloquer l’accès à Facebook, qui permettait aux opposants de s’organiser pour résister au putsch. Les nouvelles formes de communication rendent de plus en plus complexe la mise en place des dictatures ; c’est un grand progrès, même s’il ne suffit évidemment pas.

    Sur le plan diplomatique, je me félicite que Jean-Yves Le Drian déclare que l’Union européenne envisagera des sanctions contre les militaires birmans s’ils ne lèvent pas l’état d’urgence décrété lundi. Je resterai particulièrement attentive sur ce point.

    Pour ma part, je souhaite que la communauté internationale soit la plus vigilante et la plus réactive possible, concernant la situation birmane. Aung San Suu Kyi et son combat sont entrés dans l’histoire de l’humanité et il revient à nous toutes et tous de protéger, chacun à notre niveau, la souveraineté du peuple birman et de participer à la fin d’un conflit ethnique meurtrier.